La science informatique à la rescousse

Par Mary Gooderham

Cet article fait partie d’une série spéciale de CanadExport explorant les liens entre les milieux des affaires et de l'exportation, et la Science, technologie et innovation.

Des technologies conçues au Canada pour aider les premiers répondants à intervenir en cas de catastrophes naturelles et de situations d’urgence de grande envergure suscitent l’engouement dans la région des Rocheuses, aux États‑Unis.

Alex Ferworn et un agent de l'escouade canine
Alex Ferworn et un agent de l’escouade canine et un vrai chien portant le système de télédéploiement d’équipes canines
(Photo : Jimmy Tran)

Intervenir en cas de catastrophes naturelles et de situations d’urgence de grande envergure peut s’avérer une entreprise complexe pour les responsables de la sécurité publique, qui doivent voir à tout, de la localisation des personnes disparues jusqu’à la planification de l’utilisation du matériel et des ressources, au milieu du chaos engendré par un glissement de terrain, un tremblement de terre ou un accident.

« L’informatique peut être d’un grand secours dans de telles situations de crise », affirme M. Alex Ferworn, Ph. D., professeur de science informatique de l’Université Ryerson, à Toronto. Avec l’aide du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC), l’équipe de recherche appliquée réseaucentrique (N-CART) qu’il dirige à l’Université Ryerson a mis au point diverses techniques qui élaborent des scénarios de recherche et de sauvetage et reconstituent le lieu d’une catastrophe. Aujourd’hui, ces techniques attirent l’attention de la communauté internationale.

« Partout dans le monde, les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes, notamment en raison des changements climatiques, et notre technologie permet d’atténuer directement les effets de plusieurs d’entre elles », affirme Alex Ferworn, expert en application des ressources, de la théorie et de la pratique informatiques à l’amélioration des processus de sécurité publique. « Nous sommes sur le point de commercialiser ces techniques avec le soutien du Service des délégués commerciaux (SDC). »

Le laboratoire de la N‑CART collabore avec des experts de nombreuses disciplines et avec des représentants d’organismes d’application de la loi et de protection contre les incendies, ainsi qu’avec d’autres professionnels du domaine des sciences et du génie, dans le but de « repousser les limites de la science informatique », affirme Alex Ferworn. Son équipe se spécialise dans la recherche et le sauvetage en milieu urbain (RSMU), c’est-à-dire la localisation de victimes coincées dans des espaces restreints des suites de catastrophes naturelles, de défaillances structurales, d’accidents routiers ou miniers et d’effondrements de tranchées, ainsi que leur dégagement et la stabilisation médicale de leur état.


Chien en peluche portant un système de télédéploiement d’équipes canines
(Photo : Jimmy Tran)

L’équipe travaille entre autres à la conception de programmes algorithmiques qui permettent d’améliorer l’efficacité des recherches des intervenants. D’autres projets sont axés sur des robots qui pistent les chiens utilisés dans les opérations de recherche et sauvetage en milieu urbain et améliorent leur capacité à localiser et à aider les victimes, en leur apportant, par exemple, des trousses de ravitaillement. Les travaux de recherche vont jusqu’à l’application de techniques couramment utilisées dans les jeux vidéo pour permettre à toutes les collectivités, même celles de petite taille, de recueillir des données sur le lieu d’une catastrophe grâce à des capteurs et à des drones spéciaux. Ces données permettent aux premiers répondants de planifier les opérations de recherche et sauvetage sans pénétrer dans des environnements dangereux, par exemple.

M. Ferworn a créé une série d’appareils, dont un système de télédéploiement d’équipes canines qui a été breveté et homologué en collaboration avec la Police provinciale de l’Ontario et le service des équipes canines de recherche et de sauvetage en milieu urbain à l’aide d’équipement lourd de Toronto. Ce système peut servir à acheminer de l’eau, de la nourriture, des appareils radio ou de petits robots « Drop and Explore » au cœur même des secteurs dévastés.

« La technologie conçue par Alex est véritablement révolutionnaire et elle peut être utilisée partout dans le monde. Les catastrophes peuvent frapper n’importe où et n’importe quand, et il est essentiel de bien se préparer aux situations d’urgence », affirme Jérôme Pischella, délégué commercial principal en poste à Denver au Colorado.

L’équipe de M. Pischella apporte son aide aux entreprises canadiennes, aux universités et aux innovateurs au Colorado, en Utah, au Kansas, au Wyoming et au Montana, surtout dans les domaines des technologies de l’information et des communications (TIC), des technologies propres, du pétrole et du gaz naturel, des infrastructures, de l’agriculture, de l’aérospatiale et de la défense. Jérôme Pischella a rencontré Alex Ferworn en 2013, à Washington D.C., au cours d’un événement auquel M. Ferworn participait à titre de scientifique invité.

« J’ai été impressionné par sa technologie et par l’éloquence avec laquelle il parlait de ses recherches », se rappelle M. Pischella. Il a donc suggéré à M. Ferworn de présenter sa technologie dans le cadre d’un autre événement : le Colorado Innovation Network (COIN). Cet événement, qui a eu lieu en mai 2015, a été organisé par le bureau de développement économique du gouverneur de l’État, John Hickenlooper. Il visait à réunir certains des cerveaux et des leaders d’opinion les plus brillants du milieu des TIC.


Alex Ferworn et un chien en peluche portant un système de télédéploiement d’équipes canines
(Photo : Jimmy Tran)

M. Ferworn y a présenté sa technologie à un auditoire de 200 personnes; par la suite, M. Pischella a organisé des rencontres avec des professeurs d’université du Colorado et de l’Utah œuvrant dans le domaine de la robotique. À cette occasion, M. Ferworn a fait la connaissance des membres de la Field Innovation Team (FIT), un organisme sans but lucratif de Park City en Utah, spécialisé dans les interventions d’urgence.

Selon Desiree Matel-Anderson, la grande chef de FIT, l’organisme offre des « solutions de pointe en cas de catastrophe » qui sont utilisées dans les situations d’urgence et les catastrophes partout dans le monde, pour aider les premiers répondants à installer et à coordonner de nouvelles technologies. FIT adopte la technologie de M. Ferworn et s’efforce d’y ajouter de nouvelles fonctionnalités afin de la déployer sur les sites de catastrophes dans le monde, notamment au Liban, dans le cadre des mesures prises pour résoudre la crise des réfugiés.

« C’est le harnais robotisé pour chiens conçu par M. Ferworn pour acheminer l’approvisionnement et le matériel d’urgence aux victimes qui a d’abord attiré l’attention de FIT. Après avoir participé à un entraînement en Utah, M. Ferworn fait désormais partie du groupe de bénévoles de FIT qui aident les premiers répondants dans leurs interventions sur le terrain, explique Mme Matel-Anderson. Les données informatiques fournies par l’outil de gestion des secours — reconstitution du lieu d’une catastrophe (DSR‑EMT) conçu par M. Ferworn permettent aux responsables de la gestion des secours de faire un meilleur état des lieux et d’intervenir en conséquence », poursuit‑elle.

« Nous voulons perfectionner cet outil », dit-elle, et obtenir le financement nécessaire pour montrer le potentiel de la recherche sur le DSR‑EMT à grande échelle et de le rendre l’outil opérationnel. FIT a pour mission de déployer une telle technologie sur le terrain dans une multitude de situations.

« Notre monde est en train de changer, il est en pleine mutation », affirme Mme Matel-Anderson, en soulignant que la technologie du DSR‑EMT avait pu être utilisée lors des récentes catastrophes naturelles survenues au Canada, notamment les inondations dans le sud de l’Alberta en 2013 et les feux de forêt à Fort McMurray en 2016.

« L’Utah est un endroit propice à la recherche et à la démonstration des capacités d’intervention en cas d’urgence, ajoute Mme Matel-Anderson, car il est particulièrement exposé aux catastrophes naturelles, qu’il s’agisse d’activités sismiques ou de tornades, et ’il est le théâtre d’opérations de sauvetage dans le désert et en montagne. »

Le SDC a organisé la venue à Toronto d’une délégation de gens d’affaires et d’innovateurs de l’Utah et a veillé à ce que le groupe, sous la direction du gouverneur Gary Herbert, visite le laboratoire d’Alex Ferworn. Cette visite a permis à M. Ferworn de faire la connaissance d’autres partenaires potentiels.

Il affirme d’ailleurs qu’une véritable synergie est née entre son équipe et le SDC. Ce dernier lui est venu en aide en lui proposant des tribunes pertinentes pour présenter sa technologie à d’éventuels partenaires et sympathisants, en diffusant largement son message sur les médias sociaux et en lui présentant des partenaires possibles dans les universités de la région.

« Le SDC est la clé de voûte d’une nouvelle collaboration qui rapproche l’Utah, le Colorado et l’Ontario », poursuit-il, en précisant que la multiplication des études sur le terrain permettra d’améliorer le produit final. C’est incroyable de pouvoir traiter avec des représentants gouvernementaux d’un niveau aussi élevé et ayant un tel pouvoir. J’ai personnellement discuté avec les gouverneurs de ces deux États. Il aurait été impossible de comprendre les besoins au plus haut niveau sans le concours du SDC. »

Il poursuit en affirmant que, grâce aux efforts « tenaces » de M. Pischella, les autorités sont de plus en plus sensibles à l’importance d’atténuer les dégâts causés par les catastrophes en ayant recours à la technologie, et au rôle que son laboratoire peut jouer pour améliorer la sécurité publique au Canada et aux États‑Unis.

« Le SDC a jeté les bases d’une collaboration croissante, fait-il remarquer. Certaines réalités intangibles peuvent donner lieu à des relations extrêmement précieuses. Les personnes que j’ai rencontrées et les séjours que j’ai faits au Colorado et en Utah ont fait progresser mes travaux de recherche. »

« L’Utah et le Colorado sont des États en croissance rapide qui jouissent d’une économie florissante, affirme M. Pischella. Ils se classent systématiquement parmi les États les plus propices aux affaires et ils offrent d’innombrables débouchés aux entreprises canadiennes. »

L’Utah abrite ’un impressionnant écosystème en matière d’innovateurs, et le Colorado possède des universités de grande qualité ainsi que des accélérateurs et incubateurs technologiques de calibre international. La ville de Boulder au Colorado est la région métropolitaine, où la densité d’entreprises de haute technologie en démarrage est la plus forte aux États‑Unis, selon M. Pischella. Plusieurs laboratoires nationaux des États‑Unis y sont implantés, dont le National Renewable Energy Laboratory, le seul à se consacrer exclusivement au développement et à la commercialisation de technologies propres.

« La gestion des affaires d’une entreprise peut s’avérer particulièrement difficile pour les chercheurs, prévient M. Pischella. L’univers de la science et le milieu des affaires sont deux mondes extrêmement différents et les innovateurs se trouvent à l’intersection chaotique des deux. » Il conseille aux innovateurs de former des coalitions avec les bons partenaires.

« Grâce au partenariat avec FIT et avec des scientifiques et des entrepreneurs ontariens, Alex a de bien meilleures chances de commercialiser sa technologie et qu’elle soit utilisée à bon escient, dit-il. Alex Ferworn connaît ses forces et ses faiblesses et sait très bien qu’il doit travailler en collaboration avec d’autres personnes pour réussir. Trop souvent, les innovateurs disposent d’une technologie fantastique, mais ils veulent à la fois jouer le rôle de PDG, de directeur de la technologie et de directeur financier, ce qui les mène tout droit à l’échec. Alex s’est entouré d’une bonne équipe de partenaires pour réussir. »

« L’accès au capital est essentiel à toutes les étapes de la recherche, du tout début jusqu’à l’étape dite de la "vallée de la mort", avant que les entreprises en démarrage ne deviennent rentables, souligne-t-il. Le SDC peut mettre les innovateurs en contact avec des investisseurs de capital de risque et des incubateurs ou des accélérateurs technologiques locaux, ainsi que les aiguiller vers les entités fédérales susceptibles de les aider. »

Il souligne que le SDC gère divers programmes aux États‑Unis, dont celui des accélérateurs technologiques canadiens, lequel présente les innovateurs à des interlocuteurs, leur offre de l’encadrement et du mentorat, les aide à améliorer leur argumentaire et leur permet de profiter d’une expérience en affaires qu’ils n’ont peut-être pas encore acquise.

Il a bon espoir que les technologies conçues à l’Université Ryerson seront appliquées à la préparation aux situations d’urgence et aux interventions d’urgence, comme les nombreuses autres initiatives canadiennes de haute technologie soutenues par le SDC dans la région.

« La science, la technologie et l’innovation me passionnent, et je suis extrêmement fier de l’excellence du Canada dans ces domaines, ajoute M. Pischella, qui invite les innovateurs à communiquer avec les membres de son équipe. Les États‑Unis offrent d’innombrables possibilités. Les partenariats entre innovateurs canadiens et américains s’établissent tout naturellement, mais la collaboration avec le SDC permet de les améliorer,et parfois même de les sauver du naufrage. »

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