Vivre de la terre et en arriver à nourrir le monde

Par Mary Gooderham

Élevée dans la vaste contrée sauvage de Cariboo Chilcotin, en Colombie-Britannique, Ellen Melcosky a appris à vivre en autarcie sur les terres où sa famille et ses ancêtres ont naguère chassé, pêché et cueilli des aliments.

Membre de la Première Nation Esketemc, Ellen a appris à utiliser les ressources disponibles sur l’ensemble de ce territoire. Et elle a mis à profit bon nombre de ses connaissances dans la conduite de son entreprise, Little Miss Chief Gourmet Products Inc., depuis l’approvisionnement en ingrédients pour son saumon sauvage fumé du Pacifique jusqu’à l’utilisation des ressources du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC), afin d’en élargir la portée à la scène mondiale.

« Toutes mes ventes à l’exportation ont été rendues possibles par les délégués commerciaux dans différents pays du monde », déclare celle qui est présidente et chef de la direction de l’entreprise qu’elle a montée à son domicile, situé dans la Première Nation Westbank, sur les rives du lac Okanagan, à l’extérieur de Kelowna.

Mme Melcosky a créé Little Miss Chief en 1995 pour son retour au travail après avoir élevé ses trois enfants. Le nom de l’entreprise et sa marque de commerce s’inspire du surnom qu’on lui avait donné alors qu’elle travaillait pour la Première Nation Westbank, en raison d’une coiffe qui décorait son bureau.

Inspirée par sa mère, une « véritable pionnière » qui chassait, pêchait et faisait des conserves de baies et de légumes, Ellen s’est servie d’une recette familiale de saumure et de fumage pour produire son saumon fumé pour gourmets. Elle y a ajouté un ingrédient secret, en plus de faire mariner le saumon rouge et le saumon kéta dans du vin de l’Okanagan, « un bon argument de vente ».

Ellen Melcosky
Ellen Melcosky, propriétaire de Little Miss Chief Gourmet Products Inc.

Comme Mme Melcoscky n’a pu obtenir de prêt bancaire pour démarrer Little Miss Chief, son mari et quelques amis ont investi pour lui permettre notamment de se procurer des emballages. Au départ, elle faisait mariner et fumait elle-même le saumon sauvage du Pacifique dans des fumoirs installés dans sa cour « pour nourrir tous les voisins », dit-elle.

Peu après, une usine de l’île de Vancouver a commencé à transformer son saumon, l’emballant dans des sachets métallisés ayant une durée de conservation d’au moins cinq ans. Ces sachets sont vendus dans des boîtes en bois de cèdre décorées de motifs traditionnels par des artistes autochtones. Une carte y est jointe, sur laquelle on peut lire des légendes autochtones et l’histoire personnelle de Mme Melcosky.

« Je suis vraiment fière d’être une femme entrepreneure des Premières Nations; je me suis toujours identifiée ainsi », dit-elle. Little Miss Chief est enregistrée comme entreprise autochtone dans le Répertoire des entreprises autochtones, elle fait partie de la base de données du Réseau des entreprises canadiennes du gouvernement du Canada et elle est inscrite au Conseil canadien pour le commerce autochtone.

En 1998, Mme Melcosky a bénéficié de l’aide du SDC pour exporter son saumon vers l’Espagne. Se sont enchaînées des exportations vers d’autres marchés, y compris la Pologne, la Suisse et les Pays‑Bas.

« Le SDC m’a vraiment aidée au fil des ans. Chaque fois que vous avez besoin de conseils, il suffit de les appeler. S’ils n’ont pas de réponse immédiate, ils s’organisent pour en trouver une le plus vite possible, dit-elle. Comme petite entreprise, je n’aurais jamais été capable d’exporter sans ce genre de conseils et d’aide. »

Elle recommande aux autres entreprises autochtones de s’adresser au SDC et de rester en contact avec celui-ci. « Ils sont là pour rendre service. Manifestez-vous, faites-leur savoir que vous voulez exporter vers différents pays, que vous en avez la capacité et que vous êtes renseignés. »

Elle avoue pratiquer un style de marketing très personnel. Elle se rend dans des foires commerciales, offre des échantillons généreux à des clients potentiels et invite les distributeurs à partager un repas à son domicile.

Les produits vendus par des entreprises autochtones attirent les consommateurs parce qu’ils « représentent un savoir traditionnel et parce que nous pouvons raconter aux gens notre expérience et présenter notre mode de vie, soutient-elle. « Aujourd’hui, des gens du monde entier s’intéressent à ces questions. Ils veulent goûter aux produits de la terre; ils veulent connaître les méthodes d’autrefois. »

Dernièrement, Ellen Melcosky a demandé l’aide d’un délégué commercial afin de sonder l’intérêt pour ses produits typiquement autochtones en Corée du Sud, au Japon, aux Philippines et à Taïwan. Ce qui fait l’intérêt de notre saumon ailleurs dans le monde, c’est qu’il est un produit naturel, précise-t-elle, c’est de la « gastronomie de survie ».

Jeffrey Lang, agent principal de marketing et délégué commercial pour le bureau d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) en Colombie-Britannique, aide Little Miss Chief à s’implanter sur de nouveaux marchés. Il estime que le saumon de Mme  Melcosky est un produit alimentaire à forte valeur ajoutée, dont l’histoire est fascinante. « Le fait de raconter le parcours de la propriétaire de la marque ajoute à l’authenticité du produit. »

Lang souligne qu’AAC travaille avec le SDC au Canada et dans le monde entier afin de promouvoir l’image de marque du Canada pour ces produits. « Nous tentons d’en tirer parti et nous fondons beaucoup nos efforts sur cette réputation de qualité. »

Selon lui, il arrive que de petites entreprises à la recherche de débouchés à l’exportation sur différents marchés « veuillent s’implanter sur chacun d’eux simultanément ». Or, il est préférable de se doter d’une stratégie à l’exportation, de cibler un petit nombre de pays en particulier et de mettre à profit l’expérience du SDC et d’autres programmes gouvernementaux.

L’entreprise Little Miss Chief « reste attachée à son cachet unique », fait observer M. Lang. « Elle voit un créneau, elle croit en son produit. C’est important pour les acheteurs internationaux. »

« Sa recette est excellente, elle a été testée et éprouvée, et elle existe depuis des générations. Les femmes de Little Miss Chief sont fières d’être Autochtones, fières de leur entreprise de femmes autochtones, et c’est ainsi qu’elles font leur promotion », précise M. Lang. Selon lui, c’est aussi ce qui attire le consommateur. « Vous avez un produit canadien de grande qualité et au goût exceptionnel — et il se trouve que l’entreprise appartient à une femme issue d’une minorité. »

Aujourd’hui âgée de 70 ans, Mme Melcosky visite encore les épiceries et les vignobles pour faire la promotion de son entreprise. On la voit souvent dans sa robe traditionnelle. « Je m’assure toujours d’ajouter une touche personnelle. Mon entreprise, c’est moi; c’est comme un rêve, dit-elle. Quand j’ai commencé, j’ai décidé que j’allais être fière de ce que je suis. Et je pense que mes clients aiment qui je suis. »

Tout en prévoyant d'accroître sa présence à l’étranger, elle s’attend à ce que son entreprise reste petite. « Little Miss Chief n’est jamais devenue une entreprise dont le chiffre d’affaires dépasse le million de dollars par année, commente-t-elle. Bien d’autres entreprises transforment le poisson, et beaucoup d’entre elles ne m’aiment pas parce que je suis partout. Mais, je n’ai pas l’intention de disparaître de sitôt. »

Abonnement au : cybermagazine et fil RSS

Twitter@SDC_TCS
Utilisez #CanadExport