Une chercheuse en soins oculaires constate les avantages du réseautage interentreprise

Par Mary Gooderham

Lorsqu’elle a participé à une conférence à Leipzig, en Allemagne, au début de l’année 2015, Heather Sheardown ne se doutait pas qu’une rencontre fortuite ferait soudainement avancer sa recherche.

Mme Sheardown, professeure en génie chimique à l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, travaillait depuis plusieurs années sur les mécanismes de longue durée pour administrer des médicaments dans les yeux. Son équipe a étudié des formules d’administration améliorées à l’aide de médicaments de prototype, mais cette recherche donnerait de meilleurs résultats si elle était menée avec des ingrédients actifs chers et de propriété exclusive, qui sont actuellement administrés par injection pour traiter des maladies comme la dégénérescence maculaire liée au vieillissement (DMV). La DMV est une maladie dégénérative qui peut mener à la cécité et qui touche surtout les personnes âgées.

Heather Sheardown
Heather Sheardown
(Photo : Ron Scheffer)

« Grâce à une nouvelle collaboration avec la société Bayer Pharmaceuticals, la recherche de Mme Sheardown pourrait avoir de grands impacts partout dans le monde, y compris au Canada, où la DMV touche à l’heure actuelle un million de personnes environ », affirme Chris Begley, du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC) à Berlin. « Ces efforts permettront d’améliorer grandement la qualité de vie des malades, de diminuer substantiellement les coûts, de réduire le nombre de visites chez le médecin et d’augmenter la fidélité du patient à son traitement. »

Alors qu’elle discutait de sa recherche et du problème que posait l’utilisation de prototypes plutôt que de vrais médicaments, dans une conversation informelle avec M. Begley durant la conférence de Leipzeig, les deux ont eu un éclair de génie! M. Begley, qui travaille dans les secteurs des sciences de la vie, des technologies océanologiques et des services financiers pour le SDC, a réalisé qu’il pouvait lui présenter ses contacts chez Bayer Pharmaceuticals, une division du géant allemand des soins de santé et de la phytotechnie Bayer AG, qui possède un des deux principaux médicaments sur le marché pour traiter la dégénérescence maculaire. Peu après, il a mis Bayer et le laboratoire de l’Université McMaster en contact pour former une collaboration qui permettrait au laboratoire de poursuivre ses recherches expérimentales sur les médicaments pour la DMV, et ce, dans le cadre des activités de développement de médicaments de Bayer.

« Nous utilisons maintenant un médicament que l’on envisage réellement d’utiliser sur les humains », déclare Mme Sheardown, titulaire de la chaire de recherche du Canada en biomatériaux ophtalmiques de l’Université McMaster, et dont le laboratoire collabore étroitement avec des entreprises en vue de commercialiser les résultats de la recherche universitaire. « Nous travaillons avec du concret ».

Les biomatériaux ophtalmiques agissent comme des « paquets » contenant les médicaments à administrer dans les yeux. À l’heure actuelle, les patients souffrant de DMV se font injecter tous les mois dans le fond de l’œil un médicament qui empêche la prolifération des vaisseaux sanguins, un traitement qui peut être inconfortable et qui s’accompagne potentiellement d’effets secondaires. Mme Sheardown explique que sa recherche vise à mettre au point un traitement où les patients recevraient une injection tous les trois mois, voire six mois, plutôt que mensuellement, et peut-être même sous forme de gel, qui maintiendrait le médicament à un niveau thérapeutique tout au long de la période, et qui se dissoudrait progressivement jusqu’à disparaître.

Heather Sheardown
Heather Sheardown et un prototype de l’oeil
(Photo : Ron Scheffer)

« Le système d’administration doit s’harmoniser avec le médicament », affirme-t-elle, c’est pourquoi il importe de centrer la conception de ce système sur un véritable ingrédient pharmaceutique actif de façon à voir l’efficacité de ce dernier. Cependant, il est généralement difficile pour les laboratoires d’utiliser de vrais médicaments, qui ne sont pas offerts en vente libre. Ils doivent plutôt les acheter, à des prix très élevés, ou les obtenir dans le cadre d’une entente avec le fabricant.

Mme Sheardown a raconté tout cela à M. Begley lors de la conférence de Leipzeig, organisée annuellement par une fondation avec laquelle collabore l’Université McMaster. Par la suite, M. Begley s’est entretenu avec Oliver Zeitz, vice-président de l’ophtalmologie chez Bayer, pour discuter de liens de recherche avec le Canada. Il affirme qu’il a entrevu immédiatement la possibilité de maillage lorsque M. Zeitz lui a mentionné qu’il s’intéressait aux mécanismes d’administration de médicaments pour la DMV. Pour avoir fait des recherches avant sa rencontre, M. Begley savait que Bayer venait d’établir avec l’Université John Hopkins un partenariat de recherche sur la DMV, qui portait également sur l’administration de médicaments. Il « [espérait] que l’Université McMaster puisse également profiter d’un tel partenariat ».

M. Begley a fait remarquer à M. Zeitz que les travaux de Mme Sheardown pourraient cadrer avec le plan de recherche de Bayer; et il a organisé un webinaire pour qu’elle puisse faire une présentation, au cours de laquelle elle a mentionné que la prochaine étape serait de mettre à l’essai les solutions de son laboratoire avec un véritable ingrédient pharmaceutique actif. À la suite des appels et des négociations qui ont suivi, Bayer a accepté de fournir gratuitement son médicament en développement pour la DMV et de devenir ainsi un véritable partenaire de recherche de Mme Sheardown. Les deux parties ont établi une entente de transfert de matériel qui régit l’utilisation de la contribution en nature de Bayer.

« J’ai pu aider en étant au bon endroit, au bon moment, et en restant à l’affût », ajoute-t-il. « Beaucoup de chercheurs canadiens ne réalisent pas que le SDC peut les aider de cette façon, et que nous avons souvent des contacts dans des multinationales axées sur la recherche. Je n’avais pas prévu d’aider Mme Sheardown, mais quand l’occasion s’est présentée, j’ai su en profiter. »

À l’heure actuelle, Bayer fournit son médicament expérimental au laboratoire de l’Université McMaster, qui, lui, fournit en retour à la multinationale des mises à jour sur sa recherche. Mme Sheardown aimerait réaliser des travaux de recherche en collaboration avec l’entreprise, convenir de jalons pour l’obtention de données précises et peut-être établir une relation financière, en vue de concevoir un système d’administration d’un composé commercialisable. « Un système d’administration d’un médicament est beaucoup plus efficace s’il a été conçu pour un médicament précis. »

Selon Mme Sheardown, le fait de trouver un biomatériau plus durable agissant comme mécanisme d’administration de médicament pour la DMV pourrait soulager les patients et renforcer l’efficacité des médicaments, en maintenant plus longtemps leur niveau de concentration active dans les yeux, appelé la « fenêtre thérapeutique ». Ce nouveau mode d’administration pourrait également faire augmenter le nombre de personnes admissibles à ces médicaments, qui pourraient par exemple être administrés à des gens souffrant de rétinopathie diabétique, qui sont généralement jeunes et qui ne peuvent pas suivre les traitements actuels en raison du risque lié aux effets secondaires.

« C’est emballant, dit-elle; cela pourrait avoir un énorme impact sur les patients. »

Ses travaux de recherche se poursuivant maintenant avec le composé pharmaceutique de Bayer, Mme Sheardown se réjouit d’avoir comme partenaire de laboratoire une des plus importantes entreprises de soins oculaires du monde. Elle est convaincue du potentiel énorme que représente cette collaboration.

« Le simple fait pour Chris [Begley] d’avoir des contacts en Allemagne et pour nous d’y avoir eu accès nous a certainement ouvert la voie », déclare-t-elle. « C’est formidable de pouvoir parler à des entreprises. Il faut pouvoir établir des liens; c’est crucial dans ce genre de processus ».

Selon Mme Sheardown, les laboratoires universitaires peuvent avoir de la difficulté à interagir avec les entreprises, surtout parce que les chercheuses comme elles ne rencontrent que des scientifiques dans les conférences du secteur pharmaceutique. « On n’y rencontre généralement pas de décideurs. »

Elle suggère aux chercheurs « de se lancer, de rencontrer le plus de gens possible et de faire connaître leurs champs d’intérêt dans la recherche. On ne sait jamais ce qui peut arriver ». Même une rencontre fortuite peut faire avancer les choses, fait-elle remarquer. « J’ai été chanceuse de rencontrer Chris. Il avait un contact dans une des plus grandes pharmaceutiques du monde, en particulier dans le domaine des soins pour les yeux. »

Le secteur de la science, de la technologie et de l’innovation en Allemagne « présente de nombreuses possibilités de partenariat pour les entreprises et les établissements de recherche canadiens », fait observer M. Begley. Selon lui, l’Université McMaster représente bien le type d’établissement universitaire présent sur la scène internationale et axé sur la recherche auquel le SDC offre son soutien. Comme en témoigne la collaboration de la société Bayer, l’aide du SDC peut revêtir de nombreuses formes, affirme-t-il.

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