Une entreprise de déminage se prépare à faire des essais sur le terrain

Par Brigitte Audet Martin et Zachary Martin

Inspiré par le grave problème que posent les mines terrestres dans son Cambodge natal, Richard Yim a inventé une machine pour retirer mécaniquement du sol les mines dangereuses et non explosées. Alors que le Canada souligne le 20e anniversaire de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel, en décembre 2017, M. Yim est prêt à la vendre partout dans le monde.


(Photo : courtoisie de Demine Robotics)

M. Yim, qui a immigré au Canada à l’âge de 13 ans avec sa mère et son frère, a eu l’idée de créer cette machine dans le cadre d’un projet scolaire pendant ses études en génie mécanique à l’Université de Waterloo. Lui et son camarade de classe, Christian Lee, ont mis au point la machine, ce qui leur a valu le surnom de « Landmine Boys » à l’université. Ils ont obtenu leur diplôme en 2016, puis ils ont fait des Landmine Boys une nouvelle entreprise.

Connue aujourd’hui sous le nom de Demine Robotics, l’entreprise a la possibilité de faire sa toute première vente internationale au Cambodge. Au printemps 2017, Demine Robotics a signé une lettre d’accord avec le Cambodian Mine Action Centre, une organisation non gouvernementale (ONG) menant des activités au Cambodge. L’ONG utilisera la machine pendant trois mois à compter du printemps 2018. Si tout se passe bien pendant la période d’évaluation, ils en achèteront cinq unités, dit M. Yim. Le coût des machines varie de 50 mille à 100 mille dollars.

Selon M. Yim, la machine d’extraction n’est qu’un début pour son entreprise. Demine a beaucoup d’autres projets en vue, y compris la mise au point d’engins de déminage fonctionnant sur divers types de terrains.

« De toute évidence, pour le moment, notre machine est conçue pour fonctionner sur un sol dur fait de terre et de poussières; elle ne va pas aussi bien sur certains sols, comme la latérite, qui est un sol plus rocheux et plus difficile à creuser. De plus, elle ne fonctionne pas bien sur un terrain à pentes très abruptes, explique M. Yim. Je vais essayer d’améliorer notre machine pour qu’elle s’adapte à divers types de sols. » L’entreprise espère également perfectionner des machines robotisées capables de désamorcer et d’éliminer les mines non explosées. En outre, elle envisage de mettre au point des machines capables d’enlever, de désamorcer et d’éliminer d’autres types d’explosifs, comme les bombes à sous-munitions larguées d’avions qui, au fil des ans, se sont enfouies dans le sol.

Demine Robotics est à perfectionner et à mettre à l’essai sa machine originale d’extraction de mines terrestres et vise à faire au moins une démonstration simulée privée à Waterloo, en Ontario, puis une éventuelle démonstration publique avant la fin de 2017. Demine a conçu ses propres mines terrestres simulées, à partir des mêmes caractéristiques (taille et poids) que les vraies mines terrestres. Elle voit aussi à perfectionner la machine en analysant des données, comme la pression exercée sur le sol et d’autres facteurs.

« Les gens sont très enthousiastes à ce sujet au Cambodge », dit M. Yim à propos de sa vente potentielle. « L’essentiel est de leur donner l’espoir que nous pourrons débarrasser le pays des mines terrestres pour atteindre l’objectif de 2025. »

Selon M. Yim, il est peut-être impossible d’éliminer les mines terrestres au Cambodge d’ici 2025 — soit l’objectif fixé par le gouvernement et les ONG. « Pour le moment, selon les nombreuses personnes à qui j’ai parlé, je pense que cette cible sera difficile à atteindre en raison du nombre élevé de mines terrestres et de terrains qui doivent être déminés. Vu la quantité de travail à faire, cela ne nous donne pas beaucoup de temps, mais nous sommes toujours pleins d’espoir et optimistes. » Cependant, la machine de Demine Robotics offre un autre outil pour tenter d’atteindre cet objectif. « Nous contribuons à faciliter le travail. »

Les mines terrestres non explosées tuent et mutilent des milliers de personnes chaque année. On estime à 110 millions le nombre de mines terrestres qui sont encore dans le sol. Le Cambodge est l’un des plus concernés parmi plus de 70 pays touchés par les mines terrestres, avec plus de 64 000 décès enregistrés depuis 1979. On estime que 40 000 personnes sont amputées, soit une personne sur 290, ce qui représente le ratio le plus élevé par habitant dans le monde. Selon la Croix-Rouge cambodgienne, la moitié des victimes de mines terrestres au Cambodge sont des enfants.

Né à Phnom Penh, M. Yim dit qu’il est risqué de dévier d’un sentier connu dans la campagne cambodgienne. Ainsi, les enfants doivent mémoriser le chemin sûr qui mène à l’école. M. Yim se souvient que son oncle, un chirurgien, a dû amputer les membres des victimes de mines terrestres presque quotidiennement dans les années 1990. Enfant, Yim s’est juré de faire quelque chose pour aider à débarrasser le Cambodge des mines terrestres.

Vingtième anniversaire de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines terrestres

Décembre 2017 marque le 20e anniversaire de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines terrestres antipersonnel, et le Canada a souligné cet anniversaire en annonçant de nouvelles mesures pour aider à débarrasser le monde des mines terrestres et des autres restes explosifs de guerre.

Le 3 décembre 1997, 122 États ont ratifié à Ottawa, au Canada, la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, également connue sous le nom de Convention d’Ottawa ou de Traité sur l’interdiction des mines antipersonnel.

Le Canada a été le premier pays à signer et à ratifier la Convention, qui trace les grandes lignes en vue de régler le problème mondial des mines terrestres. Il y a maintenant 162 États parties à la Convention, alors que 122 l’avaient ratifiée à l’origine.

Depuis la signature de la Convention d’Ottawa le 3 décembre 1997, d’importants progrès ont été réalisés, comme la destruction de 51 millions de mines terrestres et le déminage de vastes étendues de terres et de routes. Ces mesures ont permis de réduire le nombre de victimes des mines terrestres et donné aux collectivités la possibilité de récupérer des espaces qui n’auraient jamais pu être réutilisés autrement.

Le 4 décembre 2017, le Canada a annoncé un soutien additionnel de près de 12 millions de dollars afin de poursuivre l’objectif du Canada, qui est de débarrasser le monde des mines antipersonnel et de réduire la menace que représentent les autres restes explosifs de guerre.

Apprenez-en davantage sur les nouvelles initiatives du Canada visant à éliminer les mines terrestres.

L’histoire de M. Yim a été racontée dans le CanadExport de mars 2017. En 2016, ayant en main un prototype prêt à l’emploi, MM. Yim et Lee ont communiqué avec le Service des délégués commerciaux du Canada (SDC). Ils ont rencontré Bunleng Men, délégué commercial travaillant à Phnom Penh.

Ayant vu les possibilités offertes par l’« approche novatrice pour désamorcer les mines terrestres » de Demine Robotics, M. Men a informé l’entreprise des secteurs d’actions antimines au Cambodge, puis a organisé des rencontres et des réunions avec les principaux acteurs et de hauts fonctionnaires du gouvernement, y compris le ministre responsable de l’action antimines au Cambodge. À Ottawa, des délégués commerciaux ont présenté l’entreprise à des représentants d’équipes sectorielles et d’équipes du volet développement d’Affaires mondiales Canada, qui leur ont fourni des commentaires et des conseils.

Les réunions avec des fonctionnaires et des représentants d’ONG, ainsi que la couverture médiatique de l’histoire de M. Yim ont contribué à susciter beaucoup d’intérêt pour la machine de Demine. M. Yim a de nouveau rencontré M. Men en 2017, souhaitant obtenir le nom d’autres personnes-ressources à rencontrer au Cambodge.

M. Yim a obtenu son diplôme du programme de maîtrise en commerce, entrepreneuriat et technologie (MBET) de l’Université de Waterloo en octobre 2017. Lui et M. Lee travaillent maintenant à temps plein pour Demine Robotics, et ils ont engagé leur premier employé, un autre diplômé en génie. L’entreprise est actuellement située à Kitchener, en Ontario, dans des bureaux fournis par un incubateur technologique appelé Velocity Garage, et elle y demeurera jusqu’en 2019. Même si le siège social de l’entreprise restera dans la région de Kitchener-Waterloo, M. Yim dit être prêt à s’installer « plus près du problème » et pourrait envisager de s’établir au Cambodge, par exemple.

« Nous avons suscité beaucoup d’intérêt chez d’autres acteurs, en particulier du Moyen-Orient. Nous sommes à mettre au point l’étape finale du prototype afin de pouvoir faire une démonstration aux parties intéressées : elles veulent le voir en action. » Demine prévoit faire une démonstration en direct au Cambodge à la fin de la période d’évaluation de trois mois avec l’ONG.

« Nous sommes une entreprise canadienne et nous voulons faire connaître notre machine dans d’autres pays et explorer les possibilités d’aider les gens du monde entier », explique-t-il. De nombreuses parties intéressées s’interrogent sur la taille de la machine, s’attendant à ce qu’elle soit très grande, lourde et encombrante, mais comme elle peut s’installer sur une table de cuisine, elle est facile à transporter.

Le travail de déminage, qui se fait toujours manuellement, est extrêmement dangereux et tue de nombreuses personnes chaque année, dit M. Yim. Ce travail se fait en trois phases : la détection, l’excavation et l’élimination. Alors que la détection est effectuée à l’aide de détecteurs de métaux, la méthode actuelle pour déterrer les mines est d’utiliser une pelle à main. C’est une intervention par étapes très délicate, explique M. Yim, qui a suivi une formation en déminage dans les champs de mines cambodgiens en 2016.

M. Yim affirme que Demine a d’abord communiqué avec le SDC, sur la recommandation d’un conseiller de l’Université de Waterloo. « Le SDC a été très utile pour nous présenter aux bonnes personnes », affirme-t-il. MM. Yim et Lee se sont depuis rendus au Cambodge à plusieurs reprises pour perfectionner leur technologie.

Lisez l’article initial sur Richard Yim et Demine Robotics dans CanadExport.

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